Un ferry dévoré par les flammes en pleine mer

La fin du cauchemar. Ballottées par une mer démontée, dans le froid et dans la fumée encore épaisse de l’incendie désormais circonscrit, les 115 dernières personnes à bord ont enfin été évacuées du ferry en perdition sur la mer Adriatique. Sur les 478 personnes à bord du Norman Atlantic (422 passagers et 56 membres d’équipage), 363 avaient déjà été évacuées dimanche, récupérées par les hélicoptères et les navires envoyés sur place, selon un dernier bilan communiqué par la marine militaire italienne, qui coordonne les secours. Ses militaires, aidés des autorités maritimes grecques, se sont relayés depuis hier pour venir au secours des passagers pris au piège du navire en flammes.

Les premiers rescapés sont arrivés dans la nuit de dimanche à lundi à Brindisi, dans le sud-est de l’Italie, à environ 40 milles nautiques (environ 75 km) de la position estimée du ferry en mer Adriatique. Le bilan s’est toutefois alourdi ce lundi: alors que les autorités n’avaient évoqué qu’un seul décès – celui d’un passager grec -, le ministre grec de la marine marchande Miltiadis Varvitsiotis a annoncé en fin de matinée que quatre corps, dont on ne connaît pas les identités, avaient été repêchés. Dans l’après-midi, la marine italienne a annoncé la découverte de deux autres corps, ce qui porterait à sept le nombre de victimes.

Vaste opération de sauvetage en mer

Au total, six hélicoptères de la marine italienne ont assuré les évacuations, avec un maximum de six ou sept personnes par rotation et des conditions encore plus délicates de nuit. Mais les dernières personnes secourues l’ont été à bord d’une navette des gardes-côtes, sans intervention d’un hélicoptère. De son côté, un navire marchand, le Spirit of Piraeus, est arrivé ce lundi matin avec 49 rescapés à son bord sur la ville de Bari, située à une centaine de kilomètres plus au nord, dans la région des Pouilles en Italie. Là, un avion de transport militaire de l’armée de l’air grecque, arrivé dans la nuit en Italie, est censé transférer les rescapés grecs vers leur pays. Présent sur place, le procureur Giuseppe Volpe a annoncé l’ouverture d’une enquête criminelle.

Parallèlement, les autorités italiennes ont mobilisé quatre remorqueurs dans le but de conduire le Norman Atlantic à Brindisi. Cette opération pourrait se faire une fois les passagers et les membres d’équipage évacués, mais les autorités envisagaient aussi un remorquage vers l’Albanie, plus proche, en cas de besoin.

Le navire dévoré par les flammes. Photo extraite d'une vidéo prise par la marine militaire italienne.

Le navire dévoré par les flammes. Photo extraite d’une vidéo prise par la marine militaire italienne. Crédits photo : HO/AFP

Le Norman Atlantic, qui effectuait la liaison entre Patras, dans l’ouest de la Grèce, et le port italien d’Ancône, se trouvait à 35 milles nautiques au nord-ouest de Corfou lorsqu’il a lancé un signal de détresse. L’incendie s’est déclaré, apparemment dans le garage. Les secours, remorqueurs, bateaux anti-incendie, hélicoptères, sont arrivés en masse dimanche matin d’Italie et de Grèce, puis dans l’après-midi d’Albanie, dont le ferry dérivait vers les côtes, tandis que différents navires commerciaux se déroutaient pour porter secours.

«Nos chaussures commençaient à fondre»

La compagnie Anek a indiqué qu’à bord du ferry se trouvaient principalement des Grecs (268), des Turcs (54) des Italiens (44), des Albanais (22) des Allemands (18), des Suisses (10), des Français (9) mais aussi des Russes, Autrichiens, Britanniques ou Hollandais. Le ministère des Affaires étrangères français a de son côté recensé dix de ses ressortissants sur le navire. «Aucune victime française n’est à déplorer à cette heure», a indiqué le Quai d’Orsay.

Le Norman Atlantic, construit en 2009 et mesurant 186 mètres de long, peut accueillir 492 passagers, selon des sites spécialisés. Par ailleurs, selon Carlo Visentini, qui dirige la société italienne propriétaire du ferry, celui-ci venait de passer avec succès une récente inspection, consécutive à une réparation sur une porte coupe-feu défectueuse. L’inspection a eu lieu le 19 décembre dans le port grec de Patras. «Des essais ont confirmé que le navire était en parfait état de marche», a-t-il dit à l’agence de presse italienne ANSA.

La première image de la catastrophe.

La première image de la catastrophe. Crédits photo : REUTERS TV/REUTERS

Sur Europe 1, un passager français toujours bloqué à bord du navire dimanche soir a confié son angoisse. «Nous avons peur, très peur. Nous sommes frigorifiés, nous sommes très très fatigués», a expliqué Jean-Philippe Demarc. «Nous nous sommes procuré une couverture et nous essayons tous de nous mettre côte à côte pour nous réchauffer», a raconté le naufragé qui dit avoir «peur de brûler». «Le bateau a l’air de tenir, tout à l’heure il penchait dangereusement sur le côté», a-t-il ajouté.

Des passagers joints par les médias grecs semblaient, un peu plus tôt, moins effrayés par le feu lui-même, évoquant des flammes «qui diminuent», que par leur situation très difficile au milieu de la mer déchaînée. «Nous sommes tous sur le pont, nous sommes mouillés, nous avons froid, nous toussons à cause de la fumée, il y a des femmes, des enfants et des personnes âgées», a ainsi indiqué à Mega un de ces passagers, Giorgos Styliaras. «Nos chaussures commençaient à fondre, dans la cabine de réception», a raconté au même média un autre passager.


Un hélicoptère de la marine italienne procède à l'évacuation de l'un des passagers du Norman Atlantic.

Un hélicoptère de la marine italienne procède à l’évacuation de l’un des passagers du Norman Atlantic. Crédits photo : Italian Navy/AP



Tous les passagers du ferry se sont rassemblés sur le pont supérieur du bateau. Ils attendent leur évacuation dans un froid glacial.

Tous les passagers du ferry se sont rassemblés sur le pont supérieur du bateau. Ils attendent leur évacuation dans un froid glacial. Crédits photo : HO/AFP



Des bateaux-pompiers essayent de circonscrire l'énorme incendie pendant que les hélicoptères effectuent leurs rotations pour évacuer, au plus vite, les passagers restants.

Des bateaux-pompiers essayent de circonscrire l’énorme incendie pendant que les hélicoptères effectuent leurs rotations pour évacuer, au plus vite, les passagers restants. Crédits photo : HO/AFP



Les conditions météorologiques rendent le sauvetage des passagers très périlleux. Les hélicoptères ne peuvent embarquer que 6 ou 7 personnes par rotation.

Les conditions météorologiques rendent le sauvetage des passagers très périlleux. Les hélicoptères ne peuvent embarquer que 6 ou 7 personnes par rotation. Crédits photo : HO/AFP



Le Norman Atlantic, qui effectuait la liaison entre Patras, dans l'ouest de la Grèce, et le port italien d'Ancône, se trouvait à 35 miles nautiques au nord-ouest de Corfou lorsqu'il a lancé un signal de détresse.

Le Norman Atlantic, qui effectuait la liaison entre Patras, dans l’ouest de la Grèce, et le port italien d’Ancône, se trouvait à 35 miles nautiques au nord-ouest de Corfou lorsqu’il a lancé un signal de détresse. Crédits photo : HANDOUT/REUTERS



Voici l'une des premières images du bateau en flammes au large des côtes grecques. Pour l'heure, les autorités dénombrent cinq décès lors de cet incendie.

Voici l’une des premières images du bateau en flammes au large des côtes grecques. Pour l’heure, les autorités dénombrent cinq décès lors de cet incendie. Crédits photo : REUTERS TV/REUTERS



Les rescapés sont rapidement pris en charge dès leur arrivée sur les côtes italiennes. Cette personne fait partie des 49 passagers évacués par un navire marchand qui vient d'accoster près de la ville de Bari.

Les rescapés sont rapidement pris en charge dès leur arrivée sur les côtes italiennes. Cette personne fait partie des 49 passagers évacués par un navire marchand qui vient d’accoster près de la ville de Bari. Crédits photo : STRINGER/ITALY/REUTERS

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