Syrie : la Turquie annonce le maintien de ses actions contre les Kurdes

Malgré les promesses de trêve, une résolution du conflit syrien semblait dimanche de plus en plus illusoire, les différents acteurs internationaux, dont la Turquie et la Russie, s’accusant mutuellement de jeter de l’huile sur le feu. Dimanche soir, la Turquie a annoncé qu’elle allait continuer à combattre les Kurdes du Parti de l’Union démocratique (PYD) en Syrie, via son Premier ministre, Ahmet Davutoglu dans un message à destination de la chancelière allemande Angela Merkel. Une décision prise en dépit des appels internationaux pour qu’Ankara mette fin à ses bombardements. La Turquie « ne permettra pas au PYD de mener des actions agressives. Nos forces de sécurité ont répondu de manière adéquate et continueront à le faire », a déclaré Ahmet Davutoglu à Angela Merkel au cours d’une conversation téléphonique, selon des propos rapportés par le bureau du Premier ministre turc dans un communiqué.

Plus tôt dans la journée, le président américain Barack Obama a de nouveau demandé à son homologue russe Vladimir Poutine de mettre fin aux frappes en Syrie « contre les forces de l’opposition modérée ». Les deux dirigeants se sont entretenus au lendemain de l’accord conclu vendredi à Munich entre les grandes puissances pour une « cessation des hostilités » en Syrie dans un délai d’une semaine. Mais, depuis, aucune accalmie ne s’est dessinée sur le front et la situation est encore devenue plus compliquée dans le nord de la Syrie, où une multitude d’acteurs, syriens comme étrangers, interviennent. L’armée turque a bombardé ce week-end au mortier, depuis son territoire, des positions kurdes aux alentours de la ville syrienne d’Azaz, dans la province d’Alep. Le gouvernement syrien a condamné « les attaques répétées de la Turquie à l’encontre (…) de l’intégrité territoriale de la Syrie », appelant le Conseil de sécurité de l’ONU à « mettre un terme aux crimes du régime turc ». Sur la même ligne que Washington, Paris a exprimé sa « préoccupation à l’égard de la dégradation continue de la situation dans la région d’Alep et au nord de la Syrie ». La Turquie redoute que les Kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), qui contrôlent déjà une grande partie du nord de la Syrie, n’étendent leur influence à la quasi-totalité de la zone frontalière. La progression des YPG à l’ouest de l’Euphrate en Syrie constitue « une ligne rouge », a expliqué le vice-Premier ministre turc Yalcin Akdogan en avertissant que la Turquie ne resterait pas « les bras croisés ».

Avions saoudiens en Turquie

Farouchement hostile au régime de Bachar el-Assad et en froid avec la Russie, la Turquie envisage par ailleurs de lancer avec l’Arabie saoudite une opération terrestre en Syrie officiellement destinée à combattre les djihadistes du groupe État islamique (EI), selon le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu. Des forces « spéciales » saoudiennes pourraient être ainsi déployées dans le cadre de la coalition anti-djihadistes conduite par les États-Unis, a déclaré dimanche le ministre des Affaires étrangères, Adel al-Jubeir, sans donner plus de détails. Ces déclarations coïncident avec le déploiement d’avions de combat saoudiens sur la base turque d’Incirlik afin d’« intensifier les opérations aériennes » contre l’EI, selon un haut responsable saoudien de la Défense.

Adel al-Jubeir a parallèlement vivement critiqué l’action de la Russie en Syrie, affirmant qu’elle ne parviendra pas à « sauver Bachar el-Assad ». Son départ « est une question de temps et, tôt ou tard, son régime tombera », a-t-il prédit. L’engagement accru de Riyad et d’Ankara survient alors que les groupes rebelles soutenus par les deux puissances sunnites ne cessent de perdre du terrain face aux Kurdes, mais aussi et surtout face aux forces du régime. L’Iran et la Russie, les principaux alliés de Damas, ont mis en garde ces pays contre l’envoi de troupes en Syrie. « Nous ne permettrons certainement pas que la situation en Syrie évolue conformément à la volonté des pays rebelles. Nous prendrons les décisions nécessaires le moment venu », a averti l’adjoint du chef d’état-major des forces armées iraniennes, le général Massoud Jazayeri.

Le régime avance

Damas a par ailleurs accusé la Turquie d’avoir permis le passage en Syrie d’armes et de combattants pour renforcer les rebelles. Selon l’OSDH, ce sont « environ 350 combattants islamistes du groupe Faylaq al-Sham » qui seraient ainsi entrés. L’armée syrienne continue de progresser au nord d’Alep et ne se trouvait plus dimanche qu’à environ trois kilomètres au sud de Tall Rifaat, l’un des trois bastions qui restent aux insurgés dans cette région. La localité, qui a été visée samedi par plus de 20 raids russes, est également attaquée à l’est par les Kurdes. L’offensive lancée le 1er février par le régime a provoqué l’exode de dizaines de milliers de personnes qui restent notamment bloquées au nord d’Azaz, tout près de la frontière turque, espérant que les autorités turques les laissent entrer. L’accord de Munich a été vivement dénoncé dimanche par le coordinateur de l’opposition syrienne, Riad Hijab, pour qui il permet la poursuite des bombardements russes. « Celui qui protège Daech (acronyme arabe de l’EI) aujourd’hui, c’est la Russie », a jugé Riad Hijab.

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