Stéphane Dion souligne le premier anniversaire du meurtre de l’opposant russe Boris Nemtsov

Des partisans de l'opposant russe assassiné Boris Nemtsov participent à une marche en son hommage, un an après sa mort, le 27 février 2016 à Moscou. (AFP/KIRILL KUDRYAVTSEV)
Des partisans de l’opposant russe assassiné Boris Nemtsov participent à une marche en son hommage, un an après sa mort, le 27 février 2016 à Moscou. (AFP/KIRILL KUDRYAVTSEV)

Alors qu’à Moscou et Saint-Pétersbourg, des partisans de Boris Nemtsov participaient à une marche en son hommage, le ministre des Affaires étrangères canadien, Stéphane Dion, soulignait lui aussi le premier anniversaire du meurtre de l’opposant russe assassiné.

« Il y a un an aujourd’hui, le chef de l’opposition russe Boris Nemtsov a été abattu en plein cœur de Moscou. Le Canada se souvient de Boris Nemtsov, qui a sacrifié sa vie, et de son engagement indéfectible à assurer un avenir meilleur à ses concitoyens russes », a déclaré le ministre Dion.

« En ce sombre anniversaire, nous demandons aux autorités russes d’assurer le respect des droits et libertés pour lesquels Boris Nemtsov s’est battu, de condamner fermement toutes les menaces contre les dirigeants et militants de l’opposition russe et de traduire en justice ceux qui commettent des actes de violence contre ces personnes, notamment dans le cas de Boris Nemtsov », a poursuivi le chef de la diplomatie canadienne.

« Le Canada s’associe à ses partenaires internationaux pour appuyer sans réserve le respect des droits de la personne et la gouvernance responsable partout dans le monde. La vie de Boris Nemtsov a été tragiquement écourtée il y a un an, mais ses convictions et son courage continueront de nous inspirer pendant de nombreuses années. », a-t-il aussi déclaré.

Des milliers de Russes dans la rue pour commémorer l’assassinat de Boris Nemtsov

Pendant ce temps, plusieurs milliers de Russes défilaient samedi dans les rues de Moscou et Saint-Pétersbourg pour commémorer le premier anniversaire de l’assassinat dont le ou les commanditaires n’ont toujours pas été retrouvés.

À Moscou, encadrés par des centaines d’OMON, les policiers anti-émeutes, les manifestants scandaient sous un beau soleil d’hiver des slogans contre le président russe Vladimir Poutine et brandissaient le portrait de Boris Nemtsov, abattu de quatre balles dans le dos à quelques pas du Kremlin le 27 février 2015.

Selon l’antenne moscovite du ministère russe de l’Intérieur, les manifestants étaient environ 7.500. Les journalistes de l’AFP sur place en comptaient plus de 20.000.

En silence, au début du cortège, des jeunes Russes faisaient flotter des drapeaux nationaux dans une atmosphère de recueillement. « Ce n’est pas seulement (M. Nemtsov) qui est mort: les assassins ont aussi tiré sur nos espoirs de construire une nouvelle Russie », a expliqué à l’AFP Emil, très ému.

À Saint-Pétersbourg, deuxième ville du pays, plus de 4.000 manifestants sont venus rendre hommage à l’opposant et ancien vice-Premier ministre, selon une correspondante de l’AFP sur place.

« Il fallait que je vienne, pour ne pas avoir honte devant mes petits-enfants », a expliqué, l’air grave, Ilia Volkov, 55 ans.

Pour Varvara Mikhaïlova, 24 ans, le meurtre de Boris Nemtsov reste un choc, même un an après. « Sa mort m’a bouleversée », confie-t-elle. « C’était un coup dur pour chacun d’entre nous. Il faut que nous marquions notre présence, que le gouvernement sache que les gens (contre sa politique) existent ».

‘Qui a osé?’

L’assassinat de Boris Nemtsov, alors âgé de 55 ans et codirigeant du mouvement d’opposition Parnas, a provoqué une onde de consternation à travers la Russie et au-delà. Qualifiant l’assassinat de « provocation » délibérée, le président russe Vladimir Poutine a placé l’enquête sous son autorité directe.

« Qui a osé? », a-t-il crié, furieux, lorsqu’il a appris l’assassinat de l’opposant, selon le journal d’opposition Novaïa Gazeta.

Pour autant, « son meurtre n’a jamais été élucidé », regrette une manifestante moscovite, qui agite une pancarte « Poutine Kaput ».

Bien que cinq suspects – tous Tchétchènes – aient été arrêtés par la justice russe, ils ont jusqu’à présent nié leur culpabilité, affirmant avoir avoué sous la torture.

Considéré comme le principal suspect et accusé d’avoir soigneusement planifié l’assassinat, l’ancien policier Zaour Dadaïev a été qualifié de « vrai patriote russe » par le président tchétchène Ramzan Kadyrov.

Malgré les demandes répétées des proches de Boris Nemtsov, la justice russe n’a jamais interrogé le dirigeant ni d’autres hauts responsables de cette république de l’instable Caucase russe.

« Kadyrov, tu es la honte de la Russie! », criaient les manifestants en parcourant les rues les plus huppées de la capitale. « A bas le pouvoir du FSB », les services de renseignement russes, continuaient-ils.

Les manifestants étaient presque aussi nombreux à marteler des slogans sur la crise économique que subit la Russie depuis presque deux ans en raison de la chute des cours du pétrole et des sanctions occidentales mises en place contre Moscou pour son rôle dans le conflit ukrainien.

« La situation économique est de pire en pire. Et le soutien aux autorités s’effondre. Tout cela va finir en une guerre civile, comme il y a cent ans », s’inquiète Evgueni Michtchenko, 41 ans.

« L’année dernière, tout a changé. Si cela continue, il y aura une révolution à l’automne », prédit une autre manifestante. « Et cela me fait peur », ajoute-t-elle.

Non loin, une femme porte, serré contre elle, un immense bouquet de fleurs. « Je suis venue pour me souvenir d’un homme que j’admirais, qui défendait une Russie que j’aimais », a-t-elle confié à l’AFP. « Les gens qui sont ici me font espérer que mon pays peut redevenir ce qu’il était ».

*Avec AFP

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