Réfugié à Montréal, le beau-frère de l’ex-dictateur tunisien s’enfuit avant son expulsion

MONTRÉAL | Belhassen Trabelsi, le beau-frère de l’ancien président tunisien Ben Ali, qui s’était réfugié à Montréal dans la foulée du printemps arabe, est «introuvable» alors qu’il devait être renvoyé en Tunisie, a-t-on appris jeudi de source judiciaire.

Ce cacique de l’ancien régime tunisien avait fui la Tunisie en jet privé en janvier 2011 pour atterrir à Montréal avec son épouse et leurs quatre enfants.

Il avait perdu son statut de résident permanent en 2012 et avait immédiatement demandé l’asile au Canada, disant craindre pour sa vie en Tunisie, selon des audiences du tribunal de l’immigration.

À deux reprises, il avait été débouté de cette demande en janvier 2015 et le 14 avril 2016. Les autorités canadiennes de l’immigration avaient conclu qu’il n’encourrait aucun risque en Tunisie, selon un jugement en date du 26 mai de la cour fédérale canadienne, consulté jeudi par l’AFP.

Rendez-vous lui avait été fixé le 24 mai dernier par l’Agence des services frontaliers du Canada afin de préparer son expulsion, prévue une semaine plus tard.

De l’avis même de son avocat, M. Trabelsi «n’est plus joignable», a statué la cour fédérale canadienne, dans son jugement.

«Il a disparu dans la nature, j’espère que les Canadiens vont le retrouver le plus tôt possible pour être livré à la justice tunisienne», a commenté à l’AFP le n°2 de l’ambassade tunisienne à Ottawa, Borhene El Kamel.

Jusqu’à sa disparition, le richissime homme d’affaires de 53 ans résidait dans un appartement cossu de Montréal.

Les services diplomatiques tunisiens ignoraient si M. Trabelsi faisait ou non l’objet d’une surveillance étroite de la police canadienne, a dit M. El Kamel, notant que la Tunisie quant à elle «ne dispose pas de dispositif pour garder un oeil sur lui en dehors» de ses frontières.

À Ottawa, le gouvernement canadien s’est refusé à tout commentaire. Un porte-parole du ministre de la Sécurité publique a invoqué le respect de la vie privée pour expliquer le mutisme officiel.

«On n’est pas au courant» si un avis de recherche a été émis au Canada pour le fugitif tunisien, a reconnu Borhene El Kamel.

Trafic de pièces archéologiques

Après la chute du régime, la Tunisie avait demandé son extradition à Ottawa, les deux pays n’étant pas lié par un accord bilatéral en la matière. Tunis considère M. Trabelsi comme responsable d’un clan à l’origine d’importants détournements de fonds publics.

Frère de Leïla Trabelsi, épouse de l’ex-président, au pouvoir de 1987 à 2011, M. Trabelsi était un homme d’affaires incontournable sous le régime Ben Ali.

Lors de séances devant la Commission de l’immigration entre mai 2013 et septembre 2014 — où il se présentait lui-même comme «un citoyen tunisien lambda» –, la justice canadienne avait exposé les allégations de «crimes graves de droit commun» dont il faisait l’objet.

Le ministère canadien de la Sécurité publique avait exposé les allégations de manipulation boursière, détournement de fonds, extorsion et corruption. Le ministère notait que pour des faits identiques au Canada, M. Trabelsi aurait été considéré comme agissant «au profit d’un organisme criminel». M. Trabelsi est accusé dans les documents de justice d’être “en possession et trafic de pièces archéologiques” en ayant quitté la Tunisie avec des statuettes antiques.

«Il est réputé pour avoir été impliqué dans une corruption de grande ampleur, du remaniement de la Banque de Tunisie à l’expropriation de biens et l’extorsion de pots-de-vin», selon un câble diplomatique de juin 2008 de l’ambassade des États-Unis à Tunis que Wikileaks avait publié trois ans plus tard.

Cette note recensait les biens d’un membre de la famille Trabelsi: compagnie aérienne, hôtels, station de radio, usine d’assemblage automobile ou intérêts dans l’immobilier.

Au Canada, il était associé à une société immobilière.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *