Paris et Bruxelles multiplient les rafles

Trois jours après les attentats, les sirènes se sont remises à hurler à Bruxelles tôt vendredi matin. Toute la journée, elles ont rythmé la vie de la capitale ainsi qu’à Argenteuil, en banlieue de Paris. Tout cela alors qu’au Parlement belge, le gouvernement était sérieusement critiqué pour les failles de plus en plus évidentes de la police belge.

 

Presque simultanément, deux vastes opérations policières en lien direct avec les auteurs des attentats de Bruxelles se sont déroulées en France et en Belgique. Selon le président français, François Hollande, le réseau responsable des attentats de Bruxelles et de Paris serait même « en voie d’être anéanti ». Mais « d’autres réseaux demeurent », précise-t-il.

 

La journée avait commencé à Bruxelles alors que les policiers ont fait plusieurs perquisitions à Forest et Jette, deux quartiers périphériques, où deux hommes ont été arrêtés. Mais c’est en France, à Argenteuil, que le déploiement a été le plus spectaculaire pour une perquisition à la suite de l’arrestation, la veille à Boulogne-Billancourt, de Reda Kriket, un recruteur djihadiste proche d’Abdelhamid Abaaoud, l’instigateur présumé des attentats du 13 novembre mort à Saint-Denis lors d’un assaut policier. Recherché depuis 2015 et considéré comme une tête de réseau, Kriket est soupçonné d’avoir projeté un nouvel attentat qui en était « à un stade avancé », a précisé le ministre français de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve.

 

Dans son appartement d’Argenteuil, on a retrouvé cinq Kalachnikov ainsi que plusieurs kilos d’un explosif du même type que celui utilisé à Bruxelles (peroxyde d’acétone). Les expertises diront s’il s’agit du même lot.

 

L’opération s’est aussitôt poursuivie dans le quartier de Schaerbeek, près de la place Meiser, à Bruxelles où s’est déroulée une perquisition directement liée à celle d’Argenteuil. Cette opération serait directement liée au projet d’attentat déjoué à Paris, assure la police française. Peu après, un homme a été intercepté dans le même quartier devant un arrêt de bus alors qu’il refusait de s’arrêter. Les policiers l’ont blessé à la jambe après avoir rapidement éloigné une enfant de lui. Son sac a dû être récupéré par un robot de l’escouade de déminage avant que l’homme soit arrêté.

 

L’arrestation de Reda Kriket semble confirmer une fois de plus les liens étroits qui existent entre les djihadistes belges et français. Lorsqu’il vivait à Bruxelles, Kriket avait participé à l’une des plus grosses filières d’envoi de djihadistes en Syrie. Il avait été condamné par contumace en juillet 2015 à Bruxelles à dix ans de prison lors d’un vaste procès d’envoi de djihadistes vers la Syrie.

 

Nouveaux ratés belges

 

Mais ces coups de filet ne semblent pas pouvoir effacer les révélations sur les failles de plus en plus évidentes de l’action policière belge contre le djihadisme. Deux nouvelles révélations sont venues alourdir le dossier déjà fourni. Le quotidien belge La Dernière Heure affirme en effet avoir appris de source policière que la police de Malines, près de Bruxelles, connaissait l’adresse de Salah Abdeslam trois mois avant son arrestation la semaine dernière. L’information figurait dans un rapport qui n’aurait jamais été transmis à la cellule antiterroriste de la police judiciaire fédérale de Bruxelles.

 

Le quotidien Le Monde, qui a mis la main sur le procès-verbal du premier interrogatoire de Salah Abdeslam, arrêté la semaine dernière, affirme de plus que la police belge, pourtant avertie d’un attentat imminent, n’a pas vraiment cherché à faire parler le prévenu. « L’interrogatoire n’est pas du tout poussé, écrit le quotidien. Salah Abdeslam se contente de répondre aux questions qu’on lui pose, minimisant son rôle, mais ne donne aucun élément qui pourrait éveiller les soupçons des enquêteurs. Ainsi la justice belge semble être passée à côté du drame qui se tramait. »

 

Dans son interrogatoire truffé d’incohérences, Salah Abdeslam désigne Abdelhamid Abaoud, mort à Saint-Denis, comme le « responsable des attentats ». Mais il évite de dire qu’il était son ami d’enfance. Loquace après son arrestation, Abdeslam refuse de parler depuis les attentats de Bruxelles. Depuis ces attentats, il ne s’oppose plus à son extradition et souhaite « partir en France le plus vite possible ».

 

Erdogan en rajoute

 

Au Parlement belge, le gouvernement a maladroitement tenté d’expliquer pourquoi ses services de renseignement n’avaient pas réagi alors que la Turquie les avait avertis de l’arrestation à la frontière syro-turque d’Ibrahim el Bakraoui, un des deux kamikazes de l’aéroport de Bruxelles. Le futur kamikaze, qui avait tiré sur des policiers, était pourtant en rupture de libération conditionnelle. « On se rend compte que le gouvernement possédait une série d’informations qui l’alertaient notamment sur l’attentat à Zaventem [l’aéroport] et qu’il n’en a pas fait un bon usage », dit le député écolo Jean-Marc Nollet.

 

D’Ankara, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, en a rajouté. Il a traité le gouvernement belge d’« incapable ». « Nous avons arrêté cet individu à Gaziantep. Nous l’avons expulsé, renvoyé. Ces messieurs n’ont pas fait le nécessaire et ont relâché le terroriste », a-t-il déclaré.

 

Les policiers belges ont aussi appréhendé vendredi Fayçal Cheffou, que les policiers soupçonnent, selon le quotidien Le Soir, d’être le troisième terroriste qui a pris la fuite et qui a été identifié sur une photo à l’aéroport de Zaventem.

 

« Je suis bruxellois », a déclaré le secrétaire d’État américain John Kerry, de passage à Bruxelles, rappelant que plusieurs Américains sont morts dans l’attentat de l’aéroport de Bruxelles. Sur la place de la Bourse, l’orchestre symphonique de Bruxelles et le Choeur de la Radio flamande ont interprété l’Hymne à la joie de Beethoven en hommage aux victimes devant un millier de personnes.

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