Non, bannir les pitbulls n’empêchera pas ton enfant de se faire mordre.

J’ai attendu quelques jours pour écrire mon texte sur les pitbulls. Parce que comme presque toujours, nous nageons en pleine hystérie collective actuellement et l’hystérie est la pire conseillère. L’outrage peut servir de moteur mais l’hystérie brouille tout et empêche de réfléchir.

Je lis les divers chroniqueurs depuis quelques semaines. J’entends des gens à la radio donner des recettes pour empoisonner le chien du voisin. Dans ce temps-là je ne trouve vraiment pas que le chien est plus dangereux que l’humain. Je le trouve rarement en fait.

Bref, on fait comme d’habitude : plein de gens se prononcent, des gens inquiets, des bienveillants, des moins bienveillants, des gens qui se servent de l’actualité pour faire passer leur agenda, beaucoup de gens qui n’ont jamais côtoyé un chien de leur vie. Des gens qui brandissent des statistiques qui font leur affaire, sans vérifier les sources, comme d’habitude. Quelques experts, trop peu, comme d’habitude aussi.

L’histoire de cette dame est horrible. Tous les cas d’enfants ou d’adultes défigurés aussi. Ça remue. On voudrait éviter tous les autres cas. J’ai des petites nouvelles pour vous : la seule façon d’éviter toute morsure de chien est de bannir tous les chiens. Sinon, il faut regarder ailleurs pour des solutions pour les éviter le plus possible.

Je ne suis pas expert canin mais j’ai eu sept chiens dans ma vie (dont deux présentement). J’en ai même eu 5 en même temps pendant quelques années. Quatre étaient de la même race (loin du pitbull) et je peux au moins vous dire ceci de façon experte : aucun des quatre n’avait la même personnalité.

Un chien, n’importe lequel, peut être prédisposé à l’agressivité. Un chien, n’importe lequel, peut souffrir de maladie mentale (eh! Oui). Un chien, n’importe lequel, peut être conditionné pour l’attaque par son environnement, ses circonstances, son éducation.

Si je prends les statistiques de mortalité sur les routes voudrez-vous bannir le véhicule le plus impliqué dans les accidents? Facebook a causé plus de suicide que tout autre média social… allez-vous l’interdire dans votre maison?

Ce qu’on voudrait au fond c’est bannir l’imbécilité. Bannir les irresponsables. Interdire qu’un cave laisse son enfant dans sa voiture pendant qu’il va au bar. Rendre illégal le manque de jugement comme laisser un bébé en compagnie de gros huskies. C’est malheureusement impossible.

Certains appellent à la « justice » à grands cris de « Placez l’humain avant le chien ». L’humain avant le chien? Mais chers lecteurs, on fait ça depuis des décennies au Québec. Jusqu’à l’an dernier, les animaux domestiques n’étaient que des biens meubles qu’on pouvait légalement laisser dans l’appartement lorsqu’on déménageait le 1er juillet. Qu’on pouvait élever dans des conditions immondes. Cette situation légale a fait du Québec le champion mondial de la maltraitance animale et des usines à chiots. Mondial, mes amis. Et malgré la loi on estime à 1800 le nombre d’usines à chiot au Québec.

Je n’ai jamais laissé un de mes chiens seul avec un enfant et je ne le ferais jamais. Parce qu’ils sont dangereux? Pas du tout, ce sont de sympathiques bergers poilus. Parce que ce sont des animaux et qu’un animal ne peut être 100% prévisible peu importe la race. Incluant l’humain.

D’ailleurs concernant l’horrible incident qui a coûté la vie à madame Vadnais à Pointe-aux-Trembles, on fait grand cas de la race du chien mais on fait moins grand cas du fait que le propriétaire du pitbull semble aux premiers abords un crétin dangereux, au casier judiciaire bien étoffé et qui lui-même avait des problèmes de gestion de la colère.

On parle peu du fait qu’environ 80% des propriétaires de pitbull sont de jeunes hommes dans la vingtaine, certains sans domicile fixe. Plusieurs impliqués dans des activités illicites comme les combats de chiens ou le trafic de stupéfiants. Ce n’est pas un mythe.

Rejeter l’idée de bannir telle ou telle race ne veux pas dire ne rien faire. Sauf que si comme société on veut vraiment s’attaquer au problème, ça ne se fera pas de façon simple, ni peu coûteuse, ni instantanée. Désolé, les politiciens. Des pistes de solution outre l’interdiction?

Standards d’élevage contrôlés, pour s’assurer du pedigree des chiens vendus sur le territoire.

Création d’une corporation des éducateurs canins, parce que oui tes 20 minutes passées avec l’émission de César risquent d’aggraver l’agressivité de ton chien au lieu de l’aider, comme toute forme d’éducation basée sur la coercition.

Interdiction de vente de chiens en « petshops » et en petites annonces, pour assurer la qualité et l’origine des animaux.

Permis de possession de chien accompagné d’une obligation de cours d’obéissance certifié, stérilisation obligatoire, évaluation de chien à tous les ans ou deux ans, etc.

Pas simple, cher, complexe. Mais c’est la seule façon qui fera une différence sur les incidents de morsure. Bon nombre d’endroits dont les Pays-Bas sont revenus sur l’interdiction de races parce que c’est inefficace. À Toronto, où il n’y a pas de pitbull, les taux de morsures ont augmenté.

Bannissez le pitbull, dans 2 ans une autre race trônera au sommet du palmarès des morsures et ainsi de suite. Ce fut le cas dans les années 70 et 80 notamment. Le débat est ailleurs, je répète. Ce sera aussi utile que le registre des armes à feux pour prévenir les meurtres. Une fausse sécurité qui finira par nous sauter au visage.

Pensez que j’exagère sur l’hystérie? Tweet de ce matin :



pitbull dog

Merci à Danielle Gauthier De Varennes, une vraie experte en comportement canin, que j’ai consultée pour valider des portions de cet article.

 

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