Nicolas Sarkozy mis en examen pour financement illégal de sa campagne

Nicolas Sarkozy a été mis en examen ce mardi par un juge d’instruction pour financement illégal de sa présidentielle de 2012, dans l’enquête sur les fausses factures de Bygmalion et les comptes de sa campagne. L’ancien président, qui ambitionne de disputer la primaire de son camp à l’automne pour revenir au pouvoir en 2017, a été entendu toute la journée par le juge financier Serge Tournaire, qui soupçonne que ses comptes de campagne aient été truqués pour cacher une explosion du plafond légal des dépenses de 22,5 millions d’euros. A l’issue de cette audition, il a « été mis en examen du chef de financement illégal de campagne électorale pour avoir, en qualité de candidat, dépassé le plafond légal de dépenses électorales », a indiqué le procureur de la République de Paris, François Molins, dans un communiqué. Une « infraction formelle », s’est employé à relativiser son avocat Thierry Herzog, qui a fait part de sa « satisfaction » tout en annonçant des « contestations ». « Aucun fait lié au dossier Bygmalion (n’est) reproché » à Nicolas Sarkozy, a-t-il soutenu.

De fait, l’ancien chef de l’Etat a été placé sous le statut de témoin assisté pour les chefs d’usage de faux, escroquerie et abus de confiance, qui sont liés directement à la mise en place du système de fausses factures. Anciens responsables de la campagne, de l’UMP ou de Bygmalion, treize autres personnes sont mises en examen dans cette affaire. L’ancien chef de l’Etat est lui déjà mis en examen pour corruption et trafic d’influence dans un autre dossier, celui des écoutes, dans lequel il est soupçonné d’avoir tenté d’obtenir, début 2014, auprès d’un haut magistrat, des informations couvertes par le secret dans une procédure judiciaire. Dans cette affaire, les juges d’instruction ont notifié la fin de leurs investigations et le président du parti Les Républicains risque un renvoi au tribunal correctionnel. L’enquête Bygmalion, du nom de la société qui organisait ses meetings, porte à l’origine sur un vaste système de fausses factures pour cacher l’explosion du plafond légal des dépenses. Ces fausses factures auraient eu pour objet d’imputer à l’UMP, devenue Les Républicains, quelque 18,5 millions d’euros de dépenses qui auraient dû rentrer dans le compte de campagne. Au final, le Conseil constitutionnel avait quand même rejeté ce compte, pour un dépassement de quelques centaines de milliers d’euros.

« Une farce »

Plusieurs cadres de Bygmalion, son comptable, ainsi que Jérôme Lavrilleux à l’UMP, ont reconnu l’existence de la fraude aux fausses factures, mais aucun protagoniste n’a mis en cause Nicolas Sarkozy pour l’avoir décidée ou en avoir eu connaissance. « A mon avis, il est impossible qu’il en ait été informé », avait affirmé en garde à vue Jérôme Lavrilleux, ex-bras droit de Jean-François Copé. L’enquête montre cependant que Nicolas Sarkozy a demandé et obtenu plus de meetings, vers la mi-mars 2012, alors que le risque de franchir la ligne rouge était connu de l’équipe de campagne. Les policiers ont retrouvé un courriel du 19 mars dans lequel Eric Cesari, alors directeur général de l’UMP, prend acte auprès du directeur de campagne Guillaume Lambert du « souhait du président de tenir une réunion publique chaque jour à partir de la semaine prochaine ». Or, Guillaume Lambert a déclaré aux policiers avoir informé le président-candidat des « contraintes budgétaires » posées par une note de l’expert-comptable, qui pointait un risque de dépassement du plafond et interdisait toute dépense supplémentaire.

Entendu par les enquêteurs en septembre, Nicolas Sarkozy a assuré ne pas s’en souvenir et a relativisé le coût des événements ajoutés. Quant à Guillaume Lambert, il a expliqué, sans convaincre les juges, que des négociations sur les tarifs des précédents meetings avaient permis de dégager des marges de manoeuvre. « L’argument d’une campagne qui dérape est une farce », avait affirmé Nicolas Sarkozy aux enquêteurs. Il a renvoyé la responsabilité des fausses factures sur Bygmalion et l’UMP dirigée alors par Jean-François Copé, placé la semaine dernière sous le statut de témoin assisté. Mais depuis, l’enquête s’est élargie à des dépenses qui n’ont rien à voir avec la société de communication fondée par des proches de Jean-François Copé. Les juges s’interrogent notamment sur une ligne « présidentielle » dans le budget 2012 du parti, indiquant 13,5 millions d’euros de dépenses engagées, alors que trois millions d’euros seulement ont été communiqués dans le compte de campagne. Trains, salles de meetings, tracts, sondages, les juges ont remonté la trace de nouvelles factures oubliées, qui apparaissent dans les comptes détaillés de l’UMP mais pas dans le compte de campagne.

Coup dur pour Nicolas Sarkozy

Cette mise en examen de Nicolas Sarkozy dans l’affaire de ses comptes de campagne et des fausses factures de Bygmalion constitue un coup dur pour l’ex-chef de l’Etat sur la route de la présidentielle de 2017. Dans la journée, Brice Hortefeux, son plus fidèle ami, avait affirmé que « son honnêteté et sa probité n'(avaient) à aucun moment été mises en cause », lors de l’émission Preuves par trois de Public Sénat et l’Agence France-Presse.

Jusqu’ici simple témoin assisté, le président du parti Les Républicains a poursuivi sa stratégie politique sans se préoccuper, du moins en apparence, des affaires judiciaires dans lesquelles son nom est cité, notamment celle des écoutes où il est déjà mis en examen pour corruption et trafic d’influence. Après le rejet de ses comptes de campagne par le Conseil constitutionnel au début de l’été 2013 (privant le parti du remboursement par l’Etat de ses frais de campagne), un « sarkothon » avait été organisé par l’UMP (devenue Les Républicains), alors présidée par Jean-François Copé, avec à la clé environ 11 millions d’euros collectés auprès des nombreux sympathisants restés fidèles à l’ancien président. Mais au fil des mois, depuis son retour en politique (fin 2014), la cote de confiance de Nicolas Sarkozy auprès des Français de droite s’est érodée. Toutefois, trois sondages de suite pointent ces derniers jours une hausse de sa popularité auprès des Français (de 1 à 5 points, de 30 à 37% d’opinions favorables). Nicolas Sarkozy reste toutefois loin derrière Alain Juppé, son probable principal concurrent à la primaire de novembre 2016 (51 à 70%).

Coup de pied de l’âne

Contrairement au maire de Bordeaux et à François Fillon, tous deux dans la course depuis plusieurs mois pour la primaire, Nicolas Sarkozy, boosté par les ventes de son dernier livre, « La France pour la vie » (près de 133 000 exemplaires selon l’institut GfK), n’a pas encore déclaré sa candidature. Certains de ses amis aimeraient qu’il accélère le tempo. Ce devrait être fait avant l’été, selon des Républicains. Dès qu’il le sera, il devra toutefois abandonner la présidence de LR, conformément aux statuts du parti. Pour conforter sa position dans cette perspective, l’ex-chef de l’Etat a mis en place une stratégie par étapes.

Première étape: « pacifier » et « rassembler » le parti, après les graves turbulences de fin 2012, quand Copé et Fillon s’étaient écharpés pour sa présidence.

Deuxième étape: proposer un « texte » d’orientation, appelé à se transformer, après validation par vote électronique, début avril, de l’ensemble des adhérents (240 000), en « projet collectif » des Républicains, reflétant « le seul intérêt de la France ». Comprendre : un projet de gouvernement pour la droite, pas un programme au seul service d’un futur candidat. Ce texte, présenté dimanche par Nicolas Sarkozy devant le Conseil national des Républicains (en l’absence des principaux candidats qui ne se sentent pas liés à ce projet), reprend les idées force qu’il a développées depuis son retour (autorité de l’Etat, modèle social, identité nationale…), sa martingale gagnante en 2007, augmentée d’une fiscalité revue et corrigée (baisse simultanée des impôts et des déficits publics), accent mis sur l’innovation et le numérique…

La troisième étape devrait être sa déclaration de candidature. Peut-elle être contrariée par la mise en examen de mardi ? Jean-François Copé, que la justice n’a pas mis en examen la semaine dernière dans la même affaire, lui a asséné le coup de pied de l’âne. « Jamais je n’aurais imaginé être candidat si j’étais mis en examen », a lâché le désormais nouveau candidat à la primaire. Mise en examen ne signifie pas forcément procès ni condamnation. Nicolas Sarkozy aime rappeler que sa mise en examen dans l’un des volets de l’affaire Bettencourt s’est terminée, à l’automne 2013, par un non-lieu, le libérant définitivement de cette affaire.

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