Mohamed Belkaid, mort en protégeant la fuite d’Abdeslam, et logisticien des attentats de Paris

La perquisition de Forest, une commune bruxelloise, mardi 15 mars.

L’homme tué mardi 15 mars par les forces de police belges lors de la perquisition d’un appartement de Forest, une municipalité de Bruxelles, lors de laquelle Salah Abdeslam était parvenu à s’enfuir, a été identifié comme étant Mohamed Belkaid. A priori, le nom de cet Algérien de 35 ans, parfaitement inconnu des services antiterroristes, n’apparaissait pas dans l’enquête sur les attentats du 13 novembre. C’est en comparant son visage avec des photos que les enquêteurs ont pu établir qu’il était, selon les mots du parquet fédéral belge, « plus que vraisemblablement » un acteur déterminant des attaques de Paris, mais sous l’identité d’emprunt de Samir Bouzid.

Dans le dossier d’instruction, Samir Bouzid apparaît comme un des hommes suspectés d’avoir coordonné depuis Bruxelles les attentats du 13 novembre. Au fil de leurs investigations, les enquêteurs ont trouvé une première trace de son passage un mois avant les attentats. Le 9 septembre 2015, Salah Abdeslam est contrôlé en Autriche à bord d’une Mercedes de location en compagnie de deux hommes porteurs de fausses cartes d’identité belges au nom de Samir Bouzid et Soufiane Kayal. Les trois hommes, qui n’éveillent pas les soupçons malgré deux papiers d’identité contrefaits, prétendent se rendre à Vienne pour y passer des vacances.

« On est parti, on commence »

La trace de Samir Bouzid sera ensuite retrouvée dans une poubelle le lendemain des attentats. Dans un téléphone portable jeté en face du Bataclan, les enquêteurs découvrent un SMS envoyé à 21 h 42, la dernière trace écrite des kamikazes avant leur irruption dans la salle de spectacle : « On est parti, on commence. » Le destinataire du message se trouve en Belgique : sa ligne, ouverte au nom de Salah Abdeslam, est active depuis le 12 novembre et se désactivera juste après la réception du texto.

Durant sa courte existence, cette ligne téléphonique a été en relation exclusive – vingt-cinq échanges – avec le téléphone des kamikazes du Bataclan. Un autre numéro belge, qui a appelé dans la soirée Abdelhamid Abaaoud, a émis exactement au même endroit, à Bruxelles, durant toute la soirée du 13 novembre. Les enquêteurs en déduisent qu’un ou deux hommes ont coordonné les attaques en temps réel depuis la Belgique. Leurs investigations les conduiront à suspecter Samir Bouzid et Soufiane Kayal, les deux compagnons de voyage de Salah Abdeslam en Autriche.

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Mais le nom de Samir Bouzid n’apparaît réellement dans le dossier que le 17 novembre, quatre jours après les attentats. Ce jour-là, vers 18 heures, sa fausse carte d’identité est utilisée pour effectuer un virement dans une agence Western Union de Bruxelles. La somme, 750 euros, est destinée à Hasna Aït Boulahcen, la cousine d’Abdelhamid Abaaoud, organisateur présumé des attentats, qui cherche alors de l’aide matérielle et une planque. Une caméra de vidéosurveillance permet aux enquêteurs de conserver une trace de son passage dans l’agence et de l’identifier avec une forte probabilité au cadavre de Mohamed Belkaid.

« Il faut un code, elle a dit la dame »

Les policiers, qui ont placé Hasna Aït Boulahcen sur écoute grâce au témoignage spontané d’une de ses amies, interceptent ses communications avec Samir Bouzid, qui lui demande d’aller trouver Abaaoud dans un buisson à Aubervilliers, où il a trouvé refuge. Le 17 novembre, Samir Bouzid enjoint la jeune femme de récupérer son virement. A 17 h 57, les deux complices se parlent au téléphone tandis qu’Hasna fait la queue pour récupérer le mandat. Le terroriste et la jeune femme, peu au fait des pratiques bancaires, se heurtent à la logique implacable de La Poste :

Hasna répond : « Aleykoum Salam. Je suis en train de faire la queue là. Je suis… Attends, attends, deux secondes. (Hasna parle à la guichetière : “Bonjour, en fait c’est pour un mandat cash. En fait, on m’a envoyé de l’argent de la Belgique”). C’est quoi, c’est un Western Union ?

– Western Union, oui, répond Samir Bouzid/Mohamed Belkaid.

– C’est quand que tu l’as envoyé ?

– J’ai envoyé ça, il y a une petite heure. 750 euros.

– 750, ouais mais c’est quoi. Il faut un code, elle a dit la dame.

– Un code ?

– C’est quoi, tu as envoyé sur quoi toi ?

– Western Union.

Attends, je te passe la dame. »

L’employée de La Poste prend le téléphone :

« Allo ?

– Oui, bonjour (…) En fait, j’ai envoyé un mandat.

– D’accord. Quel genre de mandat ?

– Un Western Union, j’ai envoyé 750 euros. On m’a dit que je dois donner des numéros.

– Voilà, il y a un code à donner.

– Donc euh 59…, commence Samir/Mohamed.

– Euh, je vous la repasse. C’est elle qui va… », répond la guichetière.

« Ils ont dit que c’est mort pour aujourd’hui, c’est 18 heures »

Hasna reprend le téléphone : « Ok merci. Attends, reste avec moi s’il te plaît. Ouais, tu m’avais dit qu’il n’y avait pas de code.

– Non. C’est juste les chiffres. Je n’avais pas vu. Donc je te donne les chiffres. Donc 529…

– Attends attends. (Hasna parle à la guichetière : “Ah c’est mort ? Pourquoi ? Ah c’est 18 heures.”). Ils ont dit que c’est mort pour aujourd’hui, c’est 18 heures, il faut que j’y aille demain.

– Y retourner demain. Mais il est 18 heures, répond Samir/Mohamed.

– Mais il est 18 heures, Madame. Il doit y avoir une exception. Monsieur, je suis venue avant 18h, ça se fait pas comme même, je suis venue de loin. Je suis venue avant 18 heures. Bah là, il est 59 Monsieur, il reste 1 minute. Voilà, donc je suis désolée. Je suis venue avant 18 heures, j’ai fait la queue, la dame euh… Ouais, mais là, je suis chez vous Monsieur, je vais vous donner le code et vous me donnez l’argent. Je n’ai jamais vu ça de ma vie. La vie de ma mère. Non, je ne m’énerve pas, mais c’est n’importe quoi. Moi, je suis venue de loin et voilà. Non, ok, il y a pas de soucis. »

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Hasna Aït Boulahcen récupérera finalement son virement. Sur les consignes de Samir Bouzid, elle ira acheter un téléphone portable pour son cousin et lui trouvera un logement à Saint-Denis. Elle sera tuée à son côté lors de l’assaut lancé par le RAID le lendemain, 18 novembre. Mohamed Belkaid, alias Samir Bouzid, trouvera la mort quatre mois plus tard dans des conditions similaires en protégeant la fuite de Salah Abdeslam lors de la perquisition de l’appartement du Forest.

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