Missiles et grands changements en Corée du Nord

La Corée du Nord vient de tirer un missile d’un sous-marin. Bien que l’essai n’ait pas été un succès total, les États-Unis s’inquiètent. En effet, les possibilités de dissuasion nucléaire contre les États-Unis et les autres pays industrialisés viennent de faire un bond de géant. Mais cet essai pourrait bien être destiné d’abord et avant tout à renforcer le pouvoir de Kim Jung-Un. Il pourrait préfigurer de grands changements politiques.

Le tir d’un missile à partir d’un sous-marin nucléaire est un demi-succès. Le missile a bien volé dans les airs, mais sur une courte distance. Qu’importe, le prochain tir de missile devrait être mieux réussi. Les sous-marins sont bien plus difficiles à suivre que les engins balistiques tirés à des milliers de kilomètres. Il suffirait qu’un sous-marin nord-coréen parvienne à s’approcher subrepticement des côtes américaines pour que les missiles nucléaires nord-coréens deviennent de véritables menaces pour les États-Unis.

Pas de danger immédiat

Bien-entendu, au-delà de la rhétorique guerrière, ni les États-Unis, ni la Corée du Nord n’ont l’intention de s’attaquer avec des armes nucléaires. Mais si les États-Unis envahissaient la Corée du Nord avec des armes conventionnelles, une telle attaque nord-coréenne pourrait survenir en représailles. De même, si dans geste d’une stupidité inouïe la Corée du Nord décidait de lancer une attaque nucléaire contre un des alliés régionaux des États-Unis, la réplique nucléaire américaine serait probablement très rapide.

Le fond de la question nucléaire

Le problème le plus pressant du développement nucléaire nord-coréen est double.

D’une part la Corée du Nord cherche à utiliser son armement nucléaire comme instrument de chantage pour obtenir divers avantages. En échange, de pétrole, de devises, etc., la Corée du Nord peut offrir de ralentir ou de stopper son programme. Éventuellement, les armes nucléaires pourraient constituer une monnaie d’échange pour les militaires, si un  jour les deux Corées se réunifiaient.

D’autre part, la technologie nucléaire et la technologie de missiles peuvent être vendues à plusieurs pays. C’est ce que redoutent le plus les autres puissances nucléaires. Imaginez ce qu’une Libye  aurait pu faire lors de l’attaque des forces étrangères si elle avait  possédé de l’armement atomique et un sous-marin.

Les dictatures jubilent

D’une certaine manière, la Corée du Nord est en train de donner espoir à tous les petits potentats autour du monde. Grâce à elle, ils pourraient continuer à opprimer leur population sans crainte de représailles. Ils pourraient se prémunir contre les attaques de grandes puissances. Mais en même temps, la dissémination de l’armement atomique rend de plus en plus probable son emploi dans des conflits régionaux ou encore à des fins tactiques sur un champ de bataille. Cette évolution est peut-être inévitable. La Corée du Nord l’accélère.

Pourquoi un nouvel essai ?

Les essais de missiles et les essais nucléaires nord coréens suscitent en Chine, le principal allié de la Pyongyang, un vif mécontentement qui devrait se traduire par de nouvelles sanctions. Or, étant donné les mauvaises récoltes prévues en Corées du Nord, étant donné l’isolement de plus en plus grand du pays, les sanctions sont la dernière chose dont le régime a besoin. Il faut donc que les dirigeants nord-coréens aient des motifs bien puissants pour procéder à de nouveaux essais de missiles ou de bombes nucléaires.

Les luttes internes

C’est que Kim Jung-Un, qui a remplacé son père mort subitement, n’a pas encore reçu l’adoubement du Parti communiste nord-coréen pour diriger le pays. Un détail de procédure, certes, mais un détail qui requière la tenue d’un grand congrès des «représentants» du peuple. Ce congrès aura lieu en mai. Or, le choix de ces représentants peut être délicat. Comme le Parti communiste nord-coréen est très secret, il est difficile de savoir quels clans s’y opposent. Diverses rumeurs en provenance de Corée du Sud laissent entendre que Kim Jung-Un a purgé plusieurs dizaines de dirigeants autour de lui, à commencer par son oncle. La purge pourrait être terminée, d’où la tenue du congrès. Gageons aussi que Kim Jung-Un a voulu s’assurer du soutien des militaires. Les aider à développer leurs joujoux préférés est sûrement une bonne manière de l’obtenir. C’est en tout cas dans le cadre de la politique nord-coréenne une excellente manière de s’assurer d’un certain soutien nationaliste de la population et des élites.

L’avenir de la Corée du Nord

Si cette explication est juste, il faut s’attendre à plusieurs changements dans la politique de la Corée du Nord. Premièrement, les essais nucléaires souterrains vont prendre fin. Il faut dire qu’en plus, les Nord-Coréens devraient être assez proches de se passer d’essais réels pour perfectionner leurs bombes atomiques. Les simulations informatiques devraient prendre le relais. Ensuite, Kim Jung-Un n’aura plus besoin d’entretenir la loi des mesures de guerre pour court-circuiter les réseaux normaux de prise de décision et ainsi asseoir son pouvoir. La propagande nationaliste enflammée qui servait à justifier cette loi d’exception, devrait donc s’atténuer.

Kim Jung-Un aura donc consolidé son pouvoir. Il voudra sans doute engager davantage la Corée dans la voie de changements économiques. Il aura besoin de l’aide de la Chine et de la Russie. À ce jeu dangereux, Kim aura rendu le monde un peu moins sûr.

Mais même avec un pouvoir renforcé, rien ne garanti que le bonhomme ne se fera pas déboulonner. Rien ne garanti non plus que la Chine et la Russie vont coopérer de bon gré avec la Corée du Nord. En d’autres termes, même avec un changement de politique de Kim Jung-Un, l’avenir demeure très précaire pour ce pays.

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *