«Les Hurricanes ne deviendront pas les Nordiques»

RALEIGH | Foi de Peter Karmanos, propriétaire des Hurricanes de la Caroline, les rumeurs concernant un hypothétique déménagement de l’équipe vers Québec peuvent s’éteindre sur-le-champ. «Les Hurricanes ne deviendront pas les Nordiques, je peux vous le garantir», a-t-il catégoriquement lancé en entrevue avec Le Journal.

«Et, regardez, je vous le dis sans avoir croisé mes doigts!» a-t-il pris soin d’ajouter, le sourire aux lèvres, lors d’une rencontre d’une quinzaine de minutes avant le match des Hurricanes contre le Canadien, au PNC Arena.

Puis, plantant son regard dans le blanc des yeux de l’auteur de ces lignes, il n’a pas hésité à renchérir, dans l’espoir que les rumeurs rendent l’âme une fois pour toutes.

«Je vous jure que l’équipe ne s’en va pas à Québec. Je ne dis pas ça parce que j’ai quoi que ce soit contre Québec, mais parce que nous avons des engagements auxquels nous tenons ici. Nous avons un excellent bail, j’aime cet aréna et je suis profondément attaché à ce marché», a réitéré celui qui siège par ailleurs au comité exécutif de la LNH.

Contacts avec Québecor?

Lors d’un premier contact plus tôt cette semaine, Karmanos s’était dit «dégoûté» par les rumeurs qui fusent de toutes parts sur un potentiel exil vers Québec de ses Hurricanes, mais il a précisé le fond de sa pensée lors du face-à-face d’hier.

«Des gens m’informent des rumeurs, mais il n’y a absolument aucun fondement à tout ça. Vous êtes le seul qui me posiez des questions à ce sujet. La vraie énigme à résoudre, si vous voulez bien me croire, c’est de savoir qui sont ces gens qui lancent des rumeurs», a-t-il pesté.

Au diable les avions!

Ainsi donc, l’homme d’affaires de 73 ans s’esclaffe lorsqu’il apprend qu’il serait allé rencontrer Québecor à Québec pour discuter de l’achat potentiel de son équipe.

«C’est non et non! La dernière fois que j’ai mis les pieds à Québec, c’était avec l’un de mes fils, qui est aujourd’hui dans la quarantaine et qui a joué au tournoi pee-wee. Pour ce qui est de Montréal, j’y suis allé pour la dernière fois lors d’un match contre le Canadien il y a deux ans. C’est tout», a-t-il tranché.

Le démenti s’avère tout aussi virulent quant aux avions louches qui alimentent de plus en plus les discussions et que des gens associent à des négociations en cours entre Karmanos, la Ligue nationale, Québecor et des groupes d’avocats.

«Je dirais seulement que ces gens essaient de trouver une grosse histoire où il n’y en a pas. C’est à eux qu’il faudrait demander pourquoi ils imaginent de telles choses. Ça n’a aucun sens. Qui peut oser prétendre qu’on m’a vu à Québec ou que mon avion y a été vu, quand je n’y suis pas allé et que je n’ai même pas d’avion? C’est totalement faux, mais les rumeurs reviennent, et j’essaie de les écraser. Il n’y a eu aucun contact avec Québecor. Pas une fois! Jamais!»

Pas d’échéancier

S’il a maintes fois affirmé que les Hurricanes jouissent d’un bail avantageux et que la valeur de son équipe dépasse nettement l’estimation de quelque 225 millions de dollars de Forbes, le propriétaire peine toujours à dénicher un acheteur local pour une partie de ses parts dans l’équipe.

«Il n’y a Aucune urgence»

Karmanos a mentionné qu’il «ne pense pas» qu’il y ait quoi que ce soit sur la table à l’heure actuelle avec des acheteurs locaux, mais qu’il ne fallait pas conclure qu’il se sent de plus en plus pressé de conclure une transaction, quitte à regarder de l’autre côté de la clôture.

«Pourquoi je ferais ça? Je peux vous assurer que, même dans quelques années, si nous n’avons pas encore trouvé d’acheteurs locaux, je ne déménagerai pas cette équipe. Je n’ai jamais fait la moindre allusion au fait qu’un jour cette équipe puisse se retrouver ailleurs.

«Je commence seulement à évaluer mes options de retraite. Ce n’est pas une vente forcée, il n’y a aucune urgence. Je ne m’impose aucun délai», a-t-il conclu.

Reste à voir si les plus fervents partisans du retour des Nordiques assimileront la parole de Peter Karmanos à celle de l’Évangile…

Pas inquiétés par les rumeurs

RALEIGH | Dans le cas d’un déménagement, les employés d’une équipe sont bien souvent les derniers informés. Peu importe, les joueurs et les entraîneurs des Hurricanes ne semblent pas du tout sur le qui-vive au moment où un déferlement de rumeurs souffle sur Raleigh.

«Quelles rumeurs? L’équipe ne s’en va nulle part. Notre propriétaire ne cherche pas à partir, et je sais qu’il est heureux de la direction que l’équipe prend. Nous avons de bons jeunes, de bons choix pour les deux prochains repêchages, et des espoirs cogneront à la porte de notre équipe prochainement», a résumé l’entraîneur-chef Bill Peters, au terme de l’entraînement matinal.

«Je connais la réalité de notre marché. Pour ramener nos partisans, nous devrons recommencer à gagner. Nous avons besoin de victoires.»

Déménagement? Et alors?

Dans le vestiaire, les joueurs reconnaissent que les rumeurs affluent et qu’ils y jettent un coup d’œil. Toutefois, pas question de s’empêcher de dormir.

«C’est quelque chose que nous ne pouvons pas contrôler. Des rumeurs, il y en a depuis longtemps. Si on doit déménager, on déménage, c’est tout! La direction de l’équipe répète souvent que rien ne va arriver en ce sens-là, mais peu importe, nous n’avons aucun pouvoir là-dessus. S’il faut bouger, on bougera. C’est arrivé plusieurs fois dans le monde du sport», a réagi le jeune vétéran de cinq saisons en Caroline Justin Faulk en haussant les épaules.

«Notre mandat, c’est de jouer sans se préoccuper du volet affaires. Il y a des signes qui démontrent qu’il s’agit d’un bon marché. Il y a à peine trois ou quatre ans, nous jouions devant des foules de 17 000 personnes. Lorsque cette équipe gagne et participe aux séries, les partisans sont là. On ne peut pas les blâmer de ne pas remplir l’aréna après sept ans sans séries», a-t-il ajouté.

De son côté, Jordan Staal est aussi d’avis que les rumeurs ont pris des proportions insoupçonnées, mais il n’échangerait pas Raleigh pour Québec ni nulle part ailleurs.

«Les rumeurs resteront toujours des rumeurs et elles se propagent encore plus rapidement quand elles sont juteuses. Je n’ai pas vu de changement dans l’attitude des gens en Caroline. Je ne veux pas déménager, j’espère que ça n’arrivera pas. J’aime jouer ici, j’ai du plaisir avec cette équipe», a-t-il confié.

Un Québécois qui en rit

L’entraîneur des gardiens, David Marcoux, est l’unique Québécois dans l’organigramme des Hurricanes. Il comprend ainsi parfaitement l’espoir qui anime Québec, mais observe la situation d’un œil amusé.

«Il y a un microclimat à Québec et, au niveau médiatique, c’est très puissant. Tout le monde embarque vite là-dedans. De ma position, ici, je ne vois absolument aucun signe [de déménagement]», a-t-il lancé d’emblée.

«Ce n’est que du bruit et ça crée comme un feu de forêt à chaque fois en prenant de l’ampleur. On entend même que des gens suivent les mouvements d’avions. Il n’y a rien de surprenant, car les gens de Québec sont passionnés de hockey et ils veulent leur équipe, mais, ici, je ne vois rien qui me laisse croire qu’on va bouger.

Moqueries et bouches cousues!

RALEIGH | Quelques jours à Raleigh suffisent pour constater que le dossier des Hurricanes est épineux et que les moindres rumeurs en sol québécois migrent rapidement vers la Caroline du Nord.

Avant d’obtenir une entrevue avec Peter Karmanos, Le Journal a tenté plusieurs démarches infructueuses.

Notamment, il a été impossible d’obtenir une entrevue avec le président des Hurricanes, Don Waddell, qui a vécu cinq ans plus tôt le déménagement des Thrashers d’Atlanta vers Winnipeg.

Chez les joueurs, le vétéran défenseur Ron Hainsey, qui a aussi fait ses valises d’Atlanta à Winnipeg en mai 2011 et qui avait évolué avec les Citadelles de Québec au début de sa carrière professionnelle, a boudé nos demandes d’entretien.

En milieu de semaine, quelques échanges avec un membre de l’organisation ont vite démontré que les Hurricanes étaient au parfum des moindres bruits qui émanent de Québec.

«Ceux qui continuent de spéculer auront l’air ridicules. D’ailleurs, ce n’était pas aujourd’hui le grand jour pour votre conférence de presse?» a-t-il questionné en maniant gentiment le sarcasme au sujet d’une rumeur voulant que le retour des Nordiques devait être annoncé le 6 avril.

Tout part de Québec

Selon l’animateur de radio Adam Gold, à la station locale 99,9 The Fan depuis plus de 10 ans, les rumeurs ont atteint la ville et semé le doute chez certains partisans, seulement parce qu’elles ont été soufflées à partir de Québec.

«M. Karmanos tente de vendre l’équipe, mais sans la moindre urgence, à son prix. C’est un peu comme quelqu’un qui met sa maison en vente juste pour voir ce qu’il pourrait obtenir. Il n’y a que lui-même qui sait s’il doit absolument vendre son équipe, mais toutes ces rumeurs proviennent uniquement du marché désespéré de Québec», estime-t-il.

Pour sa part, celui qui a été propriétaire des Capitales de Québec pendant 11 ans et qui réside près de Raleigh depuis 1980, Miles Wolff, est plutôt d’avis que les Hurricanes ne semblent pas en voie de faire long feu en Caroline.

«Éventuellement, je ne serais pas surpris du tout de voir l’équipe déménager. C’est ma perception et je ne dis pas ça en me basant sur des informations privilégiées, mais je dis seulement que ce ne serait pas étonnant.

«Ils n’ont pas su croître dans le marché au fil des ans comme on serait en droit de s’attendre après tant d’années ici. Le lien avec les partisans ne semble pas grandir», a fait valoir celui qui avait contribué à faire naître le hockey professionnel dans la région comme propriétaire des IceCaps de Raleigh, de 1991 à 1995, dans la ECHL.

Des refus

Le Journal s’est aussi buté à plusieurs portes fermées lorsque venait le temps de parler de l’avenir des Hurricanes.

Pas question, notamment, de discuter du fameux bail de l’équipe avec le groupe Centennial Authority, propriétaire du PNC Arena.

«Je vais admettre que je suis réticent. Les rumeurs persistent, mais j’ai été rassuré par la direction des Hurricanes à l’effet que l’équipe n’irait nulle part», a glissé le directeur exécutif, Jeff Merritt.

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