Langues officielles: l’immigration anglophone inquiète

OTTAWA – Inquiet pour la vitalité des communautés anglophones au Québec, le commissaire aux langues officielles du Canada presse le fédéral et la province à collaborer davantage dans le domaine de l’immigration.

Tout en reconnaissant que la province est depuis 35 ans le maître d’œuvre de son immigration en vertu de l’Accord Canada-Québec, le commissaire Graham Fraser appelle tout de même les deux paliers de gouvernement à travailler de concert.

«Au Québec, une collaboration accrue est nécessaire entre les gouvernements fédéral et provincial, de sorte que les organisations communautaires anglophones obtiennent le financement dont elles ont besoin pour soutenir les immigrants de langue anglaise dans leur cheminement pour devenir membres à part entière de la société québécoise», a souligné le commissaire aux langues officielles, qui publiait jeudi son rapport annuel.

M. Fraser déplore le fait que les communautés anglophones dotées d’organismes pouvant offrir un soutien «de qualité» aux immigrants anglophones «ne jouissent d’aucune reconnaissance officielle de la part de l’État québécois». Ces organismes n’ont ainsi pas «toutes les ressources requises», croit-il, pour aider cette catégorie d’immigrants à améliorer leur connaissance du français et du Québec.

«Pas perçue à sa juste valeur»

Le commissaire estime que la contribution des Québécois d’expression anglaise et les immigrants anglophones «n’est toujours pas perçue à sa juste valeur au Québec».

«En réalité, les anglophones aident la province à tirer son épingle du jeu dans tous les secteurs d’activité», a-t-il indiqué.

Le commissaire précise dans son rapport que le Québec compte 2,2 fois plus d’entrepreneurs anglophones que de francophones et que cinq des dix principales découvertes scientifiques québécoises en 2013 sont attribuables à des chercheurs dont la langue maternelle est l’anglais.

Selon M. Fraser, «trop d’anglophones quittent chaque année le Québec pour s’établir ailleurs au Canada ou à l’étranger».

Le commissaire demande ainsi au ministère fédéral de la Citoyenneté et de l’Immigration de consacrer plus de ressources pour étudier la question de l’immigration anglophone au Québec, comme il le fait déjà pour l’immigration francophone hors Québec.

«Résultat : on sait relativement peu de choses sur le sujet, ce qui nuit à la capacité des acteurs concernés par cette situation problématique de prendre des décisions éclairées», relate le rapport.

«Déplorable»

Le rapport du commissaire a fait bondir le chef du Bloc québécois, Mario Beaulieu, qui le qualifie de «déplorable».

«Il propose de renforcer l’immigration anglophone, alors que c’est le français qui est menacé au Québec», a-t-il lancé. «Le bilinguisme institutionnel, ça aboutit à l’assimilation des francophones hors Québec – ce qu’on voit à chaque recensement – et ça contribue à angliciser le Québec», a-t-il ajouté.

M. Beaulieu accuse le commissaire de s’immiscer dans l’entente Canada-Québec. «Il tente d’influencer le gouvernement pour qu’on sélectionne davantage d’immigrants anglophones», a-t-il dit.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *