L’AMT annule la signature d’un gros contrat destiné à Bombardier – ICI.Radio

Un texte de Thomas GerbetTwitterCourriel

Le 2 mai, l’Agence a annulé son appel d’offres après avoir jugé non conforme la soumission reçue de la part de Bombardier Transport. L’appel d’offres international lancé en décembre visait la construction et la livraison de 24 voitures à deux niveaux destinées aux lignes de train de banlieue de Candiac, Vaudreuil-Dorion et Saint-Jérôme. 

Deux raisons pour justifier l’annulation

Première raison invoquée par l’AMT : le non-respect des délais de livraison. « Le calendrier établi ne convenait pas », explique la porte-parole de l’Agence, Fanie St-Pierre. L’AMT exigeait un maximum de 24 mois entre la signature et la livraison de la première voiture, alors que Bombardier s’estimait incapable de le faire en moins de 30 mois.

Deuxième raison : « la façon dont les voitures étaient livrées, ce qu’elles contenaient, ne répondait pas à ce qu’on avait demandé », dit Fanie St-Pierre. L’AMT exigeait la présence d’écrans afficheurs dans les voitures pour signaler la prochaine gare. Elle voulait également un système de communication et un autre pour détecter automatiquement la présence de passagers dans les voitures, ce que Bombardier ne lui proposait pas.

L’AMT n’a signé aucun contrat pour l’achat de nouvelles voitures depuis 10 ans. Or, les besoins de l’Agence sont devenus pressants, en raison notamment de la hausse de l’achalandage. L’appel d’offres annulé prévoyait d’ailleurs une option d’achat pour un maximum de 60 voitures neuves. Toutes les voitures de train de banlieue de l’AMT ont été construites par Bombardier. 

Bombardier se justifie

Un soudeur à l'usine de Bombardier à La Pocatière
Un soudeur à l’usine de Bombardier à La Pocatière  
Photo : PC/Jacques Boissinot

Bombardier Transport « prend acte » de cette décision, mais maintient que sa proposition était réaliste. « Elle était avantageuse au niveau des coûts et à moindres risques », assure le porte-parole de la compagnie, Marc-André Lefebvre. « Ça nous apparaissait être le délai requis pour mettre en place la ligne de production ».

Quant à savoir pourquoi Bombardier ne pouvait pas ajouter les outils électroniques demandés par l’AMT, le porte-parole répond : « l’offre que nous avons présentée [était] basée sur un produit que nous livrons présentement à l’agence Metrolinx [dans la région de Toronto] ». Il s’agit de la « même plateforme éprouvée », explique Marc-André Lefebvre.

À Québec, le ministre des Transports, Jacques Daoust, est demeuré circonspect. « Vous savez, l’AMT arrive avec des paramètres, des délais livraison – c’est attendu depuis longtemps – arrive ici avec des paramètres techniques. Et quand Bombardier dit : « je ne respecte pas vos paramètres techniques, je ne respecte pas vos délais de livraison », ça se peut que l’AMT réagisse différemment. Mais je n’ai pas le dossier complet encore, alors je suis prudent », a-t-il dit.

Bombardier face aux retards

Le mois dernier, Bombardier a appelé en renfort les travailleurs de son usine de La Pocatière, au Québec, pour accélérer l’assemblage des tramways de Toronto en cours à Thunder Bay, en Ontario. La livraison avait connu plusieurs retards. La production des nouvelles voitures AZUR du métro de Montréal a aussi subi du retard à La Pocatière. Bombardier assure que ces deux situations n’ont aucun lien avec l’échec de l’appel d’offres de l’AMT.

L'usine de Bombardier à La Pocatière
L’usine de Bombardier à La Pocatière  
Photo : PC/JACQUES BOISSINOT

L’AMT veut encourager des compagnies étrangères à soumissionner

L’AMT prépare un nouvel appel d’offres qui pourrait être modifié pour faciliter l’accès à d’autres soumissionnaires. Si Bombardier Transport était seul en lice, c’est surtout parce que l’appel d’offres exigeait au moins 25 % de contenu canadien.

« Ça fait partie des éléments qu’on est en train de réviser », révèle la porte-parole Fanie St-Pierre, même si elle ajoute qu’il est « trop tôt pour affirmer si on va modifier [cet élément] ».

Plusieurs constructeurs étrangers avaient fait part de leur intérêt pour le contrat, mais n’avaient pas soumissionné. Le marché ne manque pas de concurrence avec des entreprises comme Alstom (France), Siemens (Allemagne), Hitachi (Japon) ou encore CNR/CSR (Chine).

Bombardier Transport assure qu’elle fera tout pour être de la prochaine course. « On regardera ce qu’on pourra proposer », conclut son porte-parole Marc-André Lefebvre.

La facture doit être payée à 75 % par le ministère des Transports du Québec (MTQ).

L’AMT a-t-elle l’obligation de produire ses voitures de train au Canada ?

Non. Au Québec, le MTQ ne spécifie pas de proportion de contenu canadien obligatoire pour les équipements destinés au transport sur rail, contrairement aux autobus (minimum 20 %). Le Programme d’aide gouvernementale au transport collectif des personnes permet toutefois de fixer des contraintes au cas par cas. Par exemple, l’appel d’offres pour les nouvelles voitures du métro de Montréal devait contenir 60 % de contenu canadien en plus d’un assemblage final au Canada. L’AMT affirme qu’elle n’a pas à obtenir l’autorisation du gouvernement pour réduire le contenu canadien prévu à son appel d’offres.

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