«Juste la fin du monde» en compétition à Cannes

Pour la seconde fois (après Mommy), le Québécois Xavier Dolan verra un de ses films, Juste la fin du monde, atterrir en compétition au Festival de Cannes, en selle du 11 au 22 mai pour sa 69e édition.

 

Adapté d’une pièce du dramaturge français Jean-Luc Lagarce, ce film, tourné surtout à Laval, fait briller une constellation d’étoiles du cinéma français : Marion Cotillard, Vincent Cassel, Léa Seydoux, Nathalie Baye et Gaspard Ulliel au milieu d’une confrontation familiale qui n’est pas sans rappeler l’univers de Tom à la ferme.

 

À 27 ans, Xavier Dolan est un vieil habitué du Festival de Cannes. Son premier long métrage, J’ai tué ma mère, avait été lancé sur la Croisette à La Quinzaine des réalisateurs en 2009. Dans la section Un certain regard allaient suivre Les amours imaginaires en 2010 et Laurence Anyways en 2012. Son Mommy en compétition fut coiffé du Prix du jury en 2014. Il était membre du jury l’an dernier. La baie, le palais, les charmes et les revers du rendez-vous, ça le connaît.

 

On ne s’habitue pas à tout pourtant : voir son film concourir en compétition à Cannes, par exemple : « L’honneur, le prestige, le privilège de cette expérience ne perdent pas leur éclat, assure-t-il. Être convié aux côtés de cinéastes dont j’ai admiré les oeuvres est un luxe. Il y a aussi un amusement, une curiosité. Comment mon style s’inscrit-il dans cet agenda ? »

 

Xavier Dolan sait bien que les cinéastes de la course rêvent tous à la Palme d’or ; grand fantasme. « Les ego, les signatures qui se côtoient à Cannes ne s’inscrivent pas dans l’esprit de participation, rappelle le jeune cinéaste. C’est mal vu de dire : “ J’aimerais gagner ”, pourtant, chacun y songe. Ce sont des Olympiques artistiques. On ne s’en va pas courir le 100 mètres dans l’espoir de se classer 9e »

 

N’empêche ! « J’ai déjà vécu la compétition une fois. J’ai été dans le jury aussi, mais Cannes demeure un lieu de mémoire qui me complexe. Je n’ai pas l’ADN d’un cinéaste de compétition qui a toute une carrière dans le cinéma d’auteur. Mon éducation n’est pas cinéphilique. Je viens de Titanic, marqué il est vrai aussi par La double vie de Véronique de Kieslowski, par les films de Paul Thomas Andersson, de Claude Sautet, de Woody Allen, mais j’ai vu deux Truffaut seulement, deux Godard… »

 

Un passage vers autre chose

 

Le tournage avait commencé tout de suite après son expérience au jury cannois. Au plateau s’est vécue la chimie de l’appropriation : « Plus j’avançais dans Juste la fin du monde, moins c’était mon histoire et plus c’était personnel. Ce film-là me ressemble. Les couleurs, les textures, les tonalités. Pourtant, tout est différent de mes anciens films. Il constitue un passage vers quelque chose d’autre. Je sais maintenant qu’il clôt un chapitre de ma vie. Désormais, je ferai plus d’exploration, davantage de films de genre thriller, des oeuvres qui parlent moins de ma vie, toujours personnelles, mais moins intimes. »

 

À la veille de lancer sur la Côte d’Azur ce film adapté de la pièce d’un dramaturge français joué par des interprètes de l’Hexagone, et coproduit par MK2, il ne crie pas cocorico !«J’ai toujours perçu le film comme québécois, et jamais comme un produit exotique, répond-il. J’ai travaillé avec ces acteurs de la même façon qu’avec Anne Dorval ou Suzanne Clément, à travers mes indications, les scènes que je mimais, les prenant dans mes bras quand c’était formidable… »

 

Ce film s’est mis en branle après le lancement de Mommy à Cannes. Il y avait croisé Gaspard Ulliel, un acteur qui l’intéressait depuis longtemps, rencontré Marion Cotillard, rêvé de les mettre en scène. En comprenant que son premier film en anglais The Death and Life of John F. Donovan ne se ferait pas immédiatement, il a ressuscité ce projet déjà caressé et mis de côté : adapter la pièce de Lagarce. « J’ai compris que j’avais besoin d’un film transitoire. »

 

Au jour le jour, il précise ne s’attarder ni à ses 27 ans ni à ses cinq passages à Cannes, bientôt six. « Je pense plutôt aux tissus, aux costumes à acheter pour Jessica Chastain dans John F. Donovan, quel chorégraphe engager. Je fais mes dossiers de presse pour Juste la fin du monde. Je suis tout le temps occupé. »

 

Se délester

 

Raconter : tout est là. « Plus le temps avance, plus tel est mon moteur. Les aspects esthétiques, cérébraux deviennent secondaires. Je veux raconter une histoire, définir des personnages. Avant, j’étais trop jeune pour comprendre ce que je désirais vraiment. J’ai emprunté, j’ai exploré. Aujourd’hui, je déleste. »

 

Ce jury de Cannes l’an dernier, sous la présidence des frères Coen, fut une expérience fondamentale pour Xavier Dolan. « Jamais n’ai-je eu des réflexions aussi abouties sur des films qu’à travers ce contexte-là : tant de conversations humaines, parfois enflammées et profondes qui venaient du coeur. Je souhaite à n’importe quel cinéaste de faire parler ainsi de son film un jour… »

 

« Never a dull moment », comme dirait l’autre. Le 9 juillet, le jeune cinéaste entamera donc le tournage de The Death and Life of John F. Donovan, à Montréal, New York, Prague et Londres ; son projet le plus ambitieux à ce jour, difficile à monter, enfin sur ses rails.

 

À travers une relation épistolaire, il abordera les pièges, splendeurs et misères du show-business à Hollywood. Un budget de 38 millions américains, à la distribution : Jessica Chastain, Natalie Portman, Kit Harrington, Susan Sarandon, Kathy Bates, Nicolas Hoult. Les enjeux d’un nouveau défi, les débuts d’un cycle de tonalité inédite : « Ça s’attardera sur les impacts d’Hollywood dans la vie personnelle des gens, mais j’ai un tas de projets québécois aussi. N’ayez crainte ! »

 

 

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