Attawapiskat déclare l’état d’urgence

Près de cinq ans après avoir fait les manchettes en raison d’un criant manque de logements, voilà que la petite communauté crie d’Attawapiskat, dans le nord de l’Ontario, déclare l’état d’urgence à la suite d’une vague de tentatives de suicide. Un « scandale national » selon le NPD, auquel Ottawa et le gouvernement ontarien promettent de répondre sans tarder.

 

Depuis le début du mois de mars, la communauté de quelque 2000 habitants a fait face à 39 tentatives de suicide (28 en mars et 11 en avril), indiquent les documents qu’elle a fait parvenir samedi au gouvernement fédéral, dont Radio-Canada a obtenu copie.

 

« Les travailleurs de première ligne de la communauté sont épuisés et aucune ressource additionnelle provenant de l’extérieur n’est disponible », écrit le chef de la communauté d’Attawapiskat, Bruce Shisheesh.

 

Celui-ci n’a pas répondu à nos appels dimanche, mais en entrevue avec le diffuseur public, il a lancé un cri du coeur. « Je le demande à des amis, au gouvernement : nous avons besoin d’aide dans notre communauté. J’ai des proches qui ont tenté de se suicider, des cousins, des amis », raconte-t-il, montrant notamment du doigt les difficiles conditions de vie et la dépendance aux drogues.

 

Les quatre professionnels de la santé qui travaillent dans la communauté sont dépassés par les événements, explique M. Shisheesh.

 

« C’est une situation catastrophique pour les jeunes autochtones, à Attawapiskat, mais aussi dans d’autres communautés de la baie James », estime le député néodémocrate de Timmins–Baie James, Charlie Angus, qui représente les citoyens d’Attawapiskat et qui est porte-parole du NPD en matière d’affaires autochtones.

 

« La situation est très grave en raison du manque de services en santé mentale et du manque de ressources pour prévenir le suicide dans les communautés du Nord, poursuit-il. C’est un cauchemar pour les jeunes. »

 

Dimanche à Edmonton, lors du congrès de son parti, il a présenté une résolution pour inciter les militants à reconnaître l’urgence d’agir dans ce dossier. M. Angus devrait également rencontrer les leaders autochtones d’Attawapiskat et des communautés voisines au cours des prochains jours pour faire le point sur la situation.

 

Pas de nouveaux fonds

 

« Dans le dernier budget [fédéral], il n’y a aucun fonds pour répondre aux criants besoins de services médicaux, notamment en santé mentale, dit-il. Il y a une disparité entre le traitement qui est réservé aux jeunes Canadiens des grandes villes et celui réservé aux autochtones », déplore le député néodémocrate.

 

« Les nouvelles d’Attawapiskat me brisent le coeur. Nous continuerons de chercher à améliorer les conditions de vie de tous les Autochtones », a pour sa part écrit le premier ministre Justin Trudeau, dimanche soir sur Twitter.

 

« Santé Canada reconnaît qu’il existe depuis longtemps d’importants problèmes de santé mentale et de dépendance au sein de certaines communautés des Premières Nations », a commenté un porte-parole de Santé Canada, Sean Upton.

 

Aide d’urgence

 

Depuis la déclaration d’état d’urgence, deux conseillers en santé mentale ont été déployés à Attawapiskat par l’entremise d’une cellule de crise de la nation Nishnawbe Aski.

 

Les ministres fédérales de la Santé, Jane Philpott, et des Affaires autochtones, Carolyn Bennett ont dit vouloir trouver des solutions rapidement et poursuivre le travail entamé avec le gouvernement ontarien et les leaders autochtones.

 

Dans une déclaration commune, leurs homologues ontariens, Eric Hoskins (Santé), et David Zimmer (Affaires autochtones), ont quant à eux annoncé une série de mesures en réaction à la crise qui touche Attawapiskat. Le gouvernement ontarien prévoit par exemple le déploiement d’une équipe médicale d’urgence, composée notamment d’infirmières et de travailleurs sociaux, qui pourra offrir de l’aide immédiate et déterminer les besoins à moyen terme.

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