Après des bombardements massifs, une trêve unilatérale au Yémen

Un site militaire contrôlé par les houthistes est touché par une intervention aérienne, à Sanaa, le 12 mai 2015.

Un cessez-le-feu unilatéral est entré en vigueur au Yémen, mardi 12 mai à 23 heures locales (22 heures en France). Proposée officiellement par l’Arabie saoudite, cette trêve de cinq jours, renouvelable, doit permettre l’acheminement d’une aide humanitaire à ce pays de quelque 24 millions d’habitants qui subi les bombardements d’une coalition saoudienne depuis le mois de mars.

S’il est respecté, il précédera un sommet des pays du Golfe avec les Etats-Unis, le 13 mai, pour tenter de mettre fin aux affrontements entre les houthistes, des chiites zaïdites soutenus par l’Iran qui ont conquis une bonne partie du Yémen, et le camp saoudien, qui soutien le président Abd Rabbo Mansour Hadi, chassé de la capitale, Sanaa, en mars.

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  • Des bombardements massifs avant la trêve

Malgré l’imminence du cessez-le-feu, l’armée saoudienne a continué ses bombardements sur les positions des houthistes, à Aden, dans le sud, mais surtout sur la capitale, Sanaa. Selon le ministère de la santé, une attaque sur une base militaire a fait 69 morts et 300 blessés ; ce qui représenterait, si le bilan était confirmé, un des bombardements les plus meurtriers depuis mars.

L’Unesco a également mis en garde contre les dégâts subis par la vieille ville de Sanaa, classée au Patrimoine mondial de l’humanité. Des maisons de pisé, des mosquées et des hammams datant d’avant le XIe siècle « ont été massivement bombardés, provoquant de sérieux dégâts sur de nombreux édifices historiques ».

Des combattants houthistes, portant des uniformes de l'armée, près de l'aéroport international de Sanaa, le 12 mai 2015.
  • Un bilan humain toujours plus lourd

Selon l’ONU, au moins 1 400 personnes, essentiellement des civils, ont été tuées dans ces bombardements depuis la mi-mars, parmi elles 182 enfants et 91 femmes. Plus de 300 000 civils ont été déplacés à l’intérieur du pays, alors qu’il y avait déjà plus de 330 000 déplacés internes avant la crise actuelle.

Toujours depuis la mi-mars, plus de 14 500 personnes – dont des Yéménites mais aussi des citoyens de pays tiers – ont fui, la majorité en bateau, vers la Corne de l’Afrique : plus de 9 700 sont arrivés à Djibouti et plus de 4 820 en Somalie, d’après l’Organisaiton des migrations internationales.

  • Opérations humanitaires en cas de trêve

Plusieurs organisations non gouvernementales se préparent à une opération humanitaire d’envergure durant ces cinq jours de « répit » pour un pays qui est au bord d’une catastrophe humanitaire. Des avions se tiennent prêts, à Dubaï aux Emirats arabes unis, à décoller avec à leur bord 300 tonnes de matelas, de couvertures et de tentes, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, qui prévoit « un très important pont aérien ».

D’après une porte-parole du Programme alimentaire mondial, près de 750 000 personnes se trouver dans les régions touchées par le conflit vont bénéficier de rations alimentaires d’urgence. Le PAM avait annoncé le 30 avril que la pénurie de carburant l’obligeait à arrêter progressivement ses distributions de nourriture.

Des civils fuient des bombardements, dans les rues de Sanaa, le 12 mai 2015.
  • Un sommet des pays du Golfe comme porte de sortie

Le 13 et 14 mai se tiendra un sommet des pays du Golfe avec les Etats-Unis, à Washington et Camp David, où le dossier du Yémen devrait être abordé. Toutefois, le roi Salman d’Arabie saoudite a annoncé son absence, ce qui témoigne, selon des observateurs, de dissensions entre Riyad et Washington, notamment sur la stratégie à adopter avec l’Iran.

Seuls les émirs du Koweït et du Qatar assisteront au sommet. L’objectif est de restaurer la confiance, ébranlée par les divergences de ces dernières années à propos de Téhéran, la Syrie et le Proche-Orient.

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